Le gorille, l'avion et la science

Updated: Feb 20

Je suis devenue zoothérapeute en 2004. Cette discipline était alors si peu connue que plusieurs personnes- surtout des anglophones-me demandaient dans quel zoo je travaillais. Cela s'explique par le fait qu'en anglais le mot zoo se prononce comme une seule syllabe alors qu'en français il se prononce comme s'il y en avait deux: zo-o-thérapie. Mon accent français prononcé n'arrangeait guère les choses. J'ai donc expliqué, cent fois plutôt qu'une, que je ne travaillais pas au zoo de Granby ni dans aucune autre institution de ce genre. Il fallait évidemment que j'en dise davantage, car mes interlocuteurs, passée la clarification sur mon lieu de travail présumé, demeuraient ignorants de ma nouvelle passion. Je dessinais donc, en quelques phrases, la synergie triangulaire propre à la zoothérapie: elle met en présence le client, le spécialiste et l'animal, tous liés par la synergie générée par leur interaction. Je ne suis pas certaine d'avoir toujours été parfaitement claire ou comprise, mais je me répétais la phrase qui est rapidement devenue mon mantra « Il y a un début à tout. »


La situation a bien changé depuis 2004. Maintenant, j'explique assez peu en quoi consiste la zoothérapie et, ce, aussi bien en français qu'en anglais. Si les personnes à qui je m'adresse ne saisissent pas toutes les subtilités de la synergie triangulaire, plusieurs d'entre elles ont lu un article ou vu un reportage sur le soutien que des chiens apportent aux enfants autistes. Ou sur la présence de chiens et autres animaux dans les centres de soins de longue durée (CHSLD.) Les bienfaits de l'interaction avec un animal sont devenus beaucoup mieux connus du grand public. Et, ce qui n'est pas à négliger d'un point de vue personnel, le mot zoothérapie ne suggère plus à mes interlocuteurs que je prends soin du gorille souriant que vous voyez dans l'image ci-dessous.



Dès le milieu des années 2000, la thérapie assistée par l'animal avait quitté la marginalité et devenait acceptée au même titre que les thérapies sinon conventionnelles, du moins légitimes. En témoigne le thème de la conférence de l'International Association of Human-Animal Interaction Organizations Association (IAHAIO http://iahaio.org/) tenue à Paris en 2016: Dévoilement d'un nouveau paradigme: Les interactions Humain-Animal comme champ conventionnel. ( “Unveiling a New Paradigm: Human-Animal Interactions in the Mainstream.” )


J'ai constaté à cette conférence l'effort considérable pour donner une base scientifique crédible aux interventions assistées par l'animal. Les présentations à teneur scientifique avaient toujours été présentes dans les conférences sur ce sujet, mais jamais à ce point. Elles avaient parfois des titres austères, secs comme des parchemins, mais leur contenu était parfois drôle, souvent touchant, et toujours riche. Il apparaît parfois difficile facile d'évaluer la manière dont nous travaillons ainsi que les effets de nos interventions.


J'ai toujours raffolé des conférences internationales, peu importe leur sujet. J'aime les rencontres qu'on y fait, dont certaines s'avéreront déterminantes, l'échange d'idées et la ferveur qui les accompagne. Cette inclination m'a bien servie dans ma nouvelle profession, même si j'ai dû régulièrement casser ma tirelire pour y participer. Elle m'a permis d'assister, dans les premiers rangs, au développement accéléré des interventions assistées par l'animal.




Une caractéristique commune à ces événements a retenu mon attention: le nombre et la variété d'expressions utilisées pour nommer l'action d'un spécialiste qui inclut un animal dans la relation thérapeutique qu'il orchestre. On parle de la médiation animale en France plutôt que de zoothérapie ou de thérapie assistée par l'animale comme on le fait au Québec, même si le français est la langue prédominante dans les deux endroits. Aux États-Unis l'expression Animal-Assisted intervention semble prédominer, suivie Animal-Assisted Therapy , puis de Pet therapy. Quand j'ai créé l'Institut canadien d'interventions assistées par l'animal (ICIAPA,) j'ai choisi ce nom parce que je trouvais cette expression plus englobante que celles où le mot "thérapie" est inclu. La pédagogie assistée par l'animal, pour moi, tient davantage de l'intervention que de la thérapie. Cela dit, vous trouverez toutes ces expressions dans le site Web de l'ICIAPA.


La mission de l'Institut canadien d'interventions assistées par l'animal est de fournir une information crédible, exacte en autant que faire se peut, et dynamique sur tout ce qui concerne les interventions assistées par l'animal. Vous pouvez déjà trouver dans son site Web des dizaines de programmes ou d'initiatives, parsemés à travers le monde, et créés à l'intention des enfants, des adultes ou des aînés. Il y a aussi des entrevues-vidéos avec des spécialistes, comme celle du psychologue roumain Victor Chitic, qui travaille avec des orphelins et des chiens errants. On peut aussi visionner celle donnée par Michael Kaufmann, directeur de la ferme et de la faune à Green Chimneys et directeur de l'Institut Sam et Myra Ross.


L'ouverture d'esprit demeure primordiale. Je peux être en désaccord ou avoir des doutes au sujet d'informations que je soumets à l'attention des lecteurs et des membres. Et ces derniers ont le droit d'être en désaccord partiel ou total avec lesdites informations. Je peux préférer certaines initiatives ou certains programmes à d'autres. Mais si je crois qu'ils en vaillent la peine, ils trouvent leur chemin dans le site Web de l'ICIAPA.





Tout peut se discuter si cela se fait avec courtoisie et respect. Je présume que nous voulons tous en connaître davantage sur les interventions assistées par l'animal et sur les interactions Humain-Animal. Nous sommes tous, chacun d'entre nous, prêts à essayer de mieux les comprendre. Cela signifie que nous acceptons que nous ne les comprendrons jamais entièrement. Mais que nous éprouverons beaucoup de plaisir à essayer.


Bienvenue!